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 Nos noces de porcelaine (L'hebdo.ch aout 2012)

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Mrs Lovett
Admin' dont la tonne de chocolat blanc ingurgitée par an n'égale pas celle d'Amélie Nothomb...
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MessageSujet: Nos noces de porcelaine (L'hebdo.ch aout 2012)   Jeu 16 Aoû - 11:27

Il y a vingt ans paraissait «Hygiène de l’assassin», son premier roman. Depuis, la Belge gothique est devenue un phénomène éditorial unique. Rencontre et décryptage à l’occasion de la sortie de «Barbe bleue».
Août 1992. Une jeune femme brune au grand front pose pour la photo des romanciers débutants organisée par Le Figaro. Elle est Belge et publie un livre au titre énigmatique, Hygiène de l’assassin, dialogue entre un célèbre romancier à l’article de la mort et une horde de journalistes qui cherchent à lui soutirer son secret. Tiré à 5000 exemplaires, il se vendra à 75 000 exemplaires en grand format – le phénomène Amélie Nothomb était né. Depuis, elle a vendu quelque 20 millions de livres rien qu’en France, est l’un des auteurs francophones les plus traduits (40 langues) et, avec la régularité d’un métronome, nous gratifie chaque rentrée d’août d’un nouveau roman ciselé et tordu, immanquablement best-seller dès sa mise en vente. S’il y a une recette, elle tient en dix clés.

Prolifique. Amélie Nothomb ne connaît pas la panne d’inspiration. Prise dans un «flot d’écriture perpétuel», elle écrit plusieurs heures chaque jour, avec stylo et thé très noir, sans rature. Des 3 ou 4 livres qu’elle termine chaque année, elle n’en choisit qu’un pour publication. Elle vient ainsi de terminer son 75e roman. Barbe bleue, son nouveau livre, porte le N° 73 mais est le 21e qu’elle donne à son éditeur. Les autres dorment dans des boîtes dans son appartement de Bruxelles, protégés par un testament interdisant qu’ils soient lus. Elle se dit «intriguée par ces écrivains qui se croient obligés de publier tout ce qu’ils écrivent» et interprète sa propre «hyperfécondité» par un problème de culpabilité «gros comme une maison». Un seul jour, un dimanche de septembre 1997, fatiguée, elle avait décidé de passer un matin sans écrire. En quelques heures, elle raconte avoir régressé jusqu’à se retrouver en pleine crise d’adolescence. Depuis, elle sait qu’elle a besoin de son écriture «cathartique».

Audacieuse. Fort peu mièvre, Amélie Nothomb explore avec une fausse simplicité les interdits et tabous de notre société: anorexie, suicide, inceste, mort, obésité, mensonge, monstruosité, Dieu, laideur, crime, torture. Sa production navigue entre des fictions et des textes à contenu plus ouvertement autobiographique comme Le sabotage amoureux, Biographie de la faim, Métaphysique des tubes, Ni d’Eve ni d’Adam ou Stupeur et tremblements. «La fiction, paradoxalement, permet de dire beaucoup plus de vérités. C’est une façon de se cacher. Quand j’écris en étant directement autobiographique, je ressens toujours cette peur de dire ce que je n’ai pas envie de dire.» Elle sait qu’un «grand roman» l’attend un jour. Mais en attendant, elle écrit court et concis, sans se fixer jamais aucune obligation de longueur. «Quand un roman est bon, il est toujours trop court; quand un roman est mauvais, il est toujours trop long. C’est la seule règle. Plus j’écris, plus j’apprends tout ce dont je peux me passer.»

Maternelle. Ses livres sont ses enfants, ditelle souvent, et l’acte d’écrire une grossesse. «On tombe enceinte de ce qu’on peut. On ne donne pas toujours naissance à un génie blond de 1 m 80. Mais il faut aimer la créature qu’on a enfantée. Ce n’est pas toujours facile. Heureusement, je suis d’une nature affectueuse.» Elle n’a jamais eu envie d’avoir des enfants de chair et d’os et, petite, ne voyait l’intérêt d’en avoir que pour leur choisir des prénoms. Chose qu’elle fait désormais à longueur d’année.

Aimée. Plus que populaire, elle est aimée. L’écrivain vivant qui correspond le plus avec ses lecteurs passe chaque matin plusieurs heures à éplucher sa correspondance dans son petit bureau de la rue Huyghens, chez Albin Michel. Matinale, elle arrive avant l’équipe éditoriale et passe par l’entrée de service, au point que le concierge de l’immeuble voisin, pense-t-elle, la prend pour son alter ego d’à côté. L’échange de courrier, commencé trois jours après la parution d’Hygiène de l’assassin, a pris des proportions «délirantes, voire inquiétantes», à la sortie de Stupeur et tremblements en 1999. «Je n’ai pas pu faire autrement que d’y répondre: j’étais à la fois flattée et sidérée par ce phénomène.» Certains correspondants sont devenus des amis. «Qu’ils me connaissent d’abord par mes livres est la meilleure porte d’entrée possible. Mon frère qui me connaît depuis ma naissance me connaît sans doute moins que certains lecteurs.» Adolescente solitaire, le fait d’être publiée lui a offert une vie sociale. Dans le meilleur des cas, elle dit arriver à entretenir deux mille correspondances. Beaucoup d’adolescents lui écrivent – découvrant l’étrange geste d’écrire une lettre papier. «Le contenu de leur lettre est parfois exceptionnel. Ils me disent des choses sacrées.» Consciente de la «grosse responsabilité» que cela représente, elle «marche sur des œufs. Je fais attention à ne pas créer une relation passionnée. Il faut éviter de devenir un maître à penser. Je reste à une bonne distance, et les incite à parler à leur entourage si ce qu’ils me confient est très douloureux.»

Primée. Chouchou du grand public, cette philologue et bonne styliste est aussi reconnue par ses pairs. Elle a obtenu plusieurs récompenses littéraires au cours de sa carrière, dont le prix Alain-Fournier en 1993 pour le Sabotage amoureux, le prix du jury Jean Giono pour Les Catilinaires en 1995, le grand prix du roman de l’Académie française en 1999 pour Stupeur et tremblements, qui s’est écoulé à 500 000 exemplaires rien qu’en grand format, et le Grand Prix Giono pour l’ensemble de son œuvre en 2008. Très tôt, elle a intrigué chercheurs et biographes: rien qu’en français, une dizaine de livres tentent de raconter sa vie et son œuvre et on ne compte plus les thèses et mémoires universitaires qui lui sont consacrés.

Fidèle. Fidèle à ses lecteurs, elle l’est aussi à son éditeur, Francis Esménard, patron des Editions Albin Michel, qui l’a «découverte» en acceptant le manuscrit d’Hygiène de l’assassin il y a vingt ans. «Ce ne sont pas les offres séduisantes qui ont manqué. Mais je n’ai pas encore été tellement tentée par l’adultère. C’est comme toutes les belles histoires d’amour, ça se fait à deux: aussi longtemps que ça marche, ça vaut la peine d’être fidèle.» Ces vingt années de succès «l’impressionnent». «Je me sens parfois comme une miraculée. Certes, je me conduis bien, mais il y a eu tant de tentatives d’intimidation, d’agressivité. Ces vingt ans n’ont pas été un long fleuve tranquille. Mais je suis fière. J’ai beaucoup travaillé.» Francis Esménard est son premier lecteur. Rituellement, chaque début d’année, elle lui envoie le manuscrit qu’elle a elle-même choisi parmi ceux écrits les mois précédents. Il le lit durant la nuit, l’appelle le lendemain. «Il ne pourrait pas me refuser un livre, c’est vrai, mais son avis compte, et je sens tout de suite s’il a aimé beaucoup ou moyennement.» Rituel purement formel, puisqu’elle ne change plus une virgule à son texte jusqu’à sa publication. Albin Michel gère ses affaires administratives et organise ses tournées: l’automne en France et dans les pays francophones, le printemps pour les traductions étrangères. «Avec le temps, mon éditeur est devenu une sorte de famille. Je le connais, il me connaît, on se respecte, on se fait confiance.» Ce qui pourrait arriver? «Que je perde la grâce. La grâce du public, la grâce de l’inspiration.»

Gothique. Elle assure qu’aussi longtemps qu’on ne lui avait pas dit qu’elle était «gothique», elle ne connaissait pas l’usage de ce mot dans ce sens ni l’existence du mouvement. Il y a quinze ans, elle déniche un chapeau Diabolo dans la boutique du modiste bruxellois Elvis Pompilio qui la fait se sentir «inexplicablement plus elle-même»: son personnage était né et elle qui a tant de peine à accepter son image pouvait enfin jouer avec. Elle a toujours le trac devant les caméras, qu’elle fait passer à coup de coupes de champagne, n’aime pas plus les photos qu’avant et n’en livre qu’une officielle par année.

Mystérieuse. Si sa légende personnelle, de l’ascendance aristocratique belge à l’anorexie en passant par la gouvernante japonaise et la potomanie, n’est pas pour rien dans son aura médiatique, elle est paradoxalement d’une grande discrétion sur sa vie privée. Jamais, par exemple, elle n’a posé avec son compagnon, l’écrivain-magicien-joueur de poker Tom Verdier, qui l’a emmenée dans le désert américain voir le monstrueux festival de magie dont il est question dans Tuer le père. Aujourd’hui, sa vie est très parisienne mais elle se sent «définitivement de Belgique». Et rassure: à côté de l’écriture et du courrier, elle a une vie sociale et amoureuse «à part entière». Elle laisse parfois entendre qu’elle fait la vaisselle mais pas la cuisine, qu’elle est trop nulle, laissant cela à sa sœur Juliette, auteure chez Albin Michel de La cuisine d’Amélie.

A choix: préhistorique ou intemporelle. Amélie Nothomb n’utilise ni internet, ni téléphone portable ni voiture puisqu’elle n’a jamais passé son permis de conduire. Certains la voient résistante, elle se reconnaît humblement «citoyenne préhistorique. J’ai passé ma vie à ne pas faire ce qui était attendu de moi. A 18 ans, on me disait: “Quand est-ce que tu passes ton permis?” A 30 ans: “Quand est-ce que tu fais des enfants?” Maintenant on exige que j’aie une adresse e-mail ou un portable. Mais je vis mieux sans. Mon éditeur sait toujours où me trouver et je recevrais encore plus de courrier!» Elle vit avec un «geek», reconnaît-elle, ce qui est tout de même pratique.

(Dés)équilibrée. Sous une excentricité apparente se cache une volonté de fer. Amélie Nothomb écrit au moins quatre heures chaque jour, dès 4 heures du matin, qu’elle soit en voyage ou fatiguée. «La motivation de mon comportement, qui est d’une régularité effrayante, est la conscience profonde que j’ai un besoin dramatique d’un minimum d’équilibre. C’est une espèce de pacte que j’ai passé avec moi-même, non pas par plaisir du défi, mais parce que je suis très au courant du monstre qu’il faut contenir. L’écriture est comme un combat permanent contre un ennemi intérieur.» Un ennemi désormais tenu à distance: même dans ses rêves «les plus fous», adolescente, elle n’aurait imaginé un sort «si heureux. Personne n’aurait misé un penny sur moi!» Quant à la célébrité, elle a définitivement «plus d’avantages que de désavantages».

Source : http://www.hebdo.ch/nos_noces_de_porcelaine_163231_.html

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Un être qui a compté compte toujours, A.N.

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