Le voyage nothombien
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 Metrofrance.com (29/8/2012)

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Mrs Lovett
Admin' dont la tonne de chocolat blanc ingurgitée par an n'égale pas celle d'Amélie Nothomb...
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MessageSujet: Metrofrance.com (29/8/2012)   Jeu 30 Aoû - 12:13



Vingt ans, est-ce un cap pour un écrivain ?
Franchement, ça me sidère d'avoir tenu si longtemps. Ce n'est pas passé vite, et tant mieux parce que j'ai horreur quand le temps passe vite. C'est quand la vie est intéressante qu'elle passe lentement, quand l'émotion laisse des souvenirs durables. Alors je peux vous dire que ces vingt dernières années ont duré très longtemps. Quand j'ai publié "Hygiène de l'assassin", si on m'avait dit alors qu'on entendrait encore parler de moi vingt ans plus tard, je ne l'aurais jamais cru. Je trouvais déjà miraculeux qu'un éditeur français veuille bien de moi, à en pleurer de joie. D'ailleurs, je pleurais de joie.

Mais vous saviez déjà que vous alliez écrire toute votre vie...
Ah oui ! Mais quant à savoir si cette écriture trouverait toujours publication et succès, j'aurais été bien incapable de le prévoir. Le besoin d'écrire, chez moi, est plus fort que tout. C'est vraiment une condition vitale, je le sais parce que j'ai essayé une fois, en vingt ans, un jour, de ne pas écrire. Pour voir si j'en étais capable. Ça a été juste affreux.

Racontez ?
C'était un dimanche matin de septembre 1997. J'étais déjà en promo puisque le mois de septembre est l'enfer pour moi depuis bientôt vingt ans (rires). Ce dimanche-là, j'étais crevée, je me suis dit que j'allais essayer le dimanche matin d'une personne normale, rester au lit avec des croissants, un bon livre... Et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, ça a été l'enfer. J'ai eu l'impression de me retrouver propulsée à l'âge de 13 ans et demi au pic de la crise pubertaire, dans une espèce de méandre affolant et angoissant. Et j'ai compris. Plus jamais ça. Je ne peux pas me passer un seul jour d'écrire. Si à côté de ça, en plus, j'ai un éditeur et des lecteurs, c'est merveilleux. Mais même s'il n'y avait plus d'éditeur, plus de lecteurs, je continuerais à écrire.

Vous ne vous ennuierez donc jamais. C'est une chance...
C'est certain. Et je vous rassure, je n'ai pas le temps de m'ennuyer. Mon bureau ressemble à celui de Gaston Lagaffe, avec tout le courrier en retard, sauf que je ne dors pas sur mon bureau. J'ai fait toutes sortes de choses ici mais les trois quarts du temps, j'y écris. Je ne sais faire que ça. Heureusement que ça marche, sinon je serais un cas social absolu.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur "Hygiène de l'assassin" ?
J'ai toujours considéré ce roman comme mon manifeste, et apparemment j'ai eu raison puisqu'il annonçait la couleur, et la suite, et voilà, on y est toujours. C'est toujours la même histoire d'amour. J'ai l'impression d'être tombée amoureuse il y a vingt ans, d'avoir vécu un coup de foudre miraculeux, et ça dure encore.

Quand vous regardez votre bibliographie, avez-vous conscience que ce sont des romans, ou est-ce une liste abstraite de noms ?
Quand je vois cette liste, je ne pense... rien. Le moment où ça a une signification, c'est quand je rencontre un lecteur qui vient me parler des "Catilinaires", d'"Attentat", en étant saisi d'émotion, ce qui arrive souvent. Tout à coup je me dis que ça continue de vivre, c'est quand même moi, tout autant que ce que je publie aujourd'hui, et ça, ça fait vraiment beaucoup d'effet. Ça a du sens.

Avez-vous une impression de répétition après tant de rentrées littéraires ?
Pas du tout. Au contraire, je suis frappée par la nouveauté, mon enthousiasme et mon angoisse ne font que croître à chaque rentrée. Chacune est complètement différente. L'attitude des lecteurs est très variable. Parce que la vie a tellement plus d'imagination que moi, et voir que mes livres vont susciter chaque fois des réactions dont je n'ai aucune idée, ça, c'est génial.

Jamais d'angoisse ?
Ce qui est angoissant, c'est que ça ne marche plus. J'ai conscience que l'écriture est une grâce, que ce succès est une grâce, et comme toutes les grâces, on ne les maîtrise pas. Ça peut m'être retiré, et si c'est la volonté de je ne sais quelle puissance occulte, je serais quand même bien embêtée...

Dans "Barbe-bleue", vous créez un personnage d'Espagnol tout droit sorti du XVIe siècle dans le Paris d'aujourd'hui... D'où sort ce Don Elmirio ?
Ma passion pour l'Espagne s'explique de bien des façons, j'y suis à peine allée pourtant. Les sources de ma passion sont Don Quichotte, pour moi le plus grand héros de l'histoire de l'humanité, ensuite Dali, une source de joie infinie. Une autre raison moins amusante mais très importante, c'est la Belgique, qui a été espagnole et on le sait peu. Sous Charles Quint, on a été espagnols et on a détesté l'être. Les colonisateurs faisaient régner un joug de fer et de cruauté sur la Belgique, mais ça nous a aussi marqué culturellement, où ils étaient brillants. Même certains Flamands ont une tête d'espagnols aujourd'hui... Et puis, quand j'ai appris l'existence de la "grandesse", c'est tellement formidable comme notion. Personnellement, je n'ai aucune sympathie pour l'aristocratie, mais tant qu'à l'être, autant y aller à fond !

Bon, vous pouvez bien nous le dire maintenant. Quel est votre secret ?
"Barbe-bleue" est mon 73e manuscrit, je suis déjà en train d'écrire le 75e. Le lendemain du jour où j'ai fini d'écrire un livre, je m'y remets tout de suite. C'est un peu mon secret, peut-être la seule chose que j'ai de vraiment spécifique, et qui explique pas mal de choses de moi : je ne m'interromps absolument jamais. Pour en avoir parlé avec beaucoup d'autres écrivains, ils me disent que ce qu'il y a de plus difficile dans leur vie, c'est de s'y remettre. Pourquoi ? Parce qu'ils s'interrompent. Et le moment où ils se remettent à écrire est terrible, parce qu'ils doivent retrouver ce régime d'écriture, qui est un fonctionnement physique, c'est la croix et la bannière. Moi, je n'interromps jamais, j'appelle ça ne jamais laisser cicatriser la plaie. La métaphore est imparfaite puisque ça ne fait pas mal, mais je vois tout ce que je donne physiquement. Heureusement qu'à la base j'ai une très bonne santé, je peux ainsi saigner chaque année et rester vivante.

A lire
"Barbe-bleue"
Albin Michel, 180 p., 16,50 euros
La jeune Saturnine répond à une annonce de location trop belle pour être vraie : une belle chambre dans un hôtel particulier pour 500 euros par mois. Où est le piège ? Peu-être le propriétaire des lieux, excentrique grand d'Espagne qui ne sort jamais de chez lui, soupçonné d'avoir assassiné ses précédentes colocataires... Quand Amélie Nothomb revisite le mythe de Barbe-Bleue, c'est avec humour noir, absurde savamment dosé, dialogues francs et champagne à toutes les pages.

Source : http://www.metrofrance.com/culture/si-je-n-ecrivais-pas-je-serais-un-cas-social-absolu/mlhC!o5xRfny26g2NU/

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Un être qui a compté compte toujours, A.N.

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