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 Occupons nous d'Amelie, L'Express, 1999

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Palamède Bernardin
Palamède Bernardin
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MessageSujet: Occupons nous d'Amelie, L'Express, 1999   Dim 21 Aoû - 11:13

Ante Scriptum: si qqn a la video du Bouillon de Culture en question, on prend!

Occupons-nous d'Amélie

Par L'Express, publié le 28/10/1999

Les intrigues et le style acéré d'Amélie Nothomb lui ont valu quelques attaques. Apparemment, les nombreux lecteurs de son dernier roman ne les ont pas écoutées

Et ce soir-là, soudain, on l'aima. C'était le 3 septembre à Bouillon de culture, chez Bernard Pivot. Amélie Nothomb (prononcer le «b») venait d'échapper à un attentat. La terroriste Christine Angot, qui avait lancé ses grenades et déchiqueté les romanciers Jean-Marie Laclavetine et Michèle Gazier, lui laissait la vie sauve. La tension était à son comble sur le plateau quand ce fut à son tour de s'exprimer. La voix encore étranglée par la peur, elle se jeta dans le vide pour exposer le sujet de son roman Stupeur et tremblements, une histoire d'humiliation et de mépris. Sujet qui tombait à pic, alors que nous venions d'en vivre en direct une illustration magistrale. Elle fut sidérante. Protégée par son grand chapeau noir - «Il me fit effet de paratonnerre» - avec une diction très Comédie-Française, un vocabulaire inusité, une impeccable syntaxe, Amélie détendit l'atmosphère, déclencha les rires en narrant son expérience de salariée dans une entreprise japonaise, contant sa jubilatoire déchéance en un récit d'une cruauté hilarante. Inconsciente qu'elle était en train d'emporter le morceau, la sympathie, et de faire s'envoler ses ventes, qui déjà se portaient très bien. De ce cauchemar elle ne conserve qu'un souvenir: «Alors que je n'avais pas bu une seule goutte d'alcool, je me suis réveillée le lendemain avec une gigantesque gueule de bois.» Aujourd'hui, son tirage atteint 190 000 exemplaires; elle caracole en tête des ventes chez les libraires et figure sur les listes finales des prix littéraires. Son éditeur revient de Francfort, où elle fut l'un des violents engouements, avec une demande de plus de 20 traductions et des enchères pour les principaux pays d'Europe ainsi que le Japon, les Etats-Unis, la Chine. C'est l'explosion Nothomb.

Depuis 1992, date de la publication d'Hygiène de l'assassin, qui faisait découvrir cette romancière belge de 25 ans à l'enfance japonaise et au discours fracassant, on avait appris à la scruter avec méfiance, tel le vilain petit canard de sa génération. Ses propos singuliers laissaient peu de visibilité entre sincérité et affectation, par exemple lorsqu'elle révélait ne s'alimenter que de fruits pourris et porter des mitaines pour combattre le froid qui l'envahissait en écrivant. Son existence personnelle et celle de ses héros, d'une constante monstruosité, intriguaient jusqu'à indisposer. N'avouait-elle pas: «Je pense que tout le monde a un ennemi à l'intérieur de soi. Le mien est particulièrement énorme. Ce n'est pas pour rien qu'il y a pas mal d'obèses dans mes romans». Les plus agacés, voire les plus malintentionnés, qui la soupçonnaient d'être une truqueuse, doivent avec le temps admettre son talent et convenir que sa fascinante sophistication est brute de décoffrage. Et si son anorexie ne fut corrigée que par sa boulimie d'écriture - à 32 ans, elle avoue 36 romans - elle sut garder raison en publiant «seulement» huit livres en sept ans. «Ce n'est pas une question de qualité, mais il y a ceux qui ne concernent que moi et ceux qui sont à partager», explique-t-elle.

Amélie Nothomb est ainsi faite qu'elle ne peut entamer une journée qu'après quatre heures d'écriture quotidienne; il lui arrive donc de mettre le réveil à 3 heures du matin si une autre occupation l'attend à 7 heures. Son combustible s'appelle Extra Strong Tea, acheté chez Marks & Spencer: «Ecrire exige une telle énergie qu'il me faut un thé beaucoup plus fort que n'importe quel café. Celui-là est presque épais et, pour en boire un demi-litre à jeun, il me faut un sacré estomac. Mais je me suis imposé, enfant, tant d'épreuves physiques que la phrase de Nietzsche ''Ce qui ne me tue pas me fortifie" me convient comme un gant.» Si on lui demande pourquoi elle a choisi d'être sa propre tortionnaire, Amélie répond avec gourmandise: «Tout simplement par goût de l'expérimentation.» Et enchaîne: «Les sœurs Nothomb sont un cas dans la famille.» Car on ne peut évoquer Amélie sans savoir qu'elle a un double, sa sœur Juliette, de deux ans et demi son aînée, qu'elle estime plus qu'une jumelle et qui est sa véritable moitié et sa première lectrice. Juliette, depuis leur retour d'Extrême-Orient, après leur enfance itinérante, en grande partie japonaise, due au métier de diplomate de leur père, s'est fixée en Belgique. «Notre frère est un Belge qui a bien réussi. Nous, nous sommes deux apatrides. Ma sœur est à la fois une anorexique et une cuisinière de génie. A l'origine, c'est elle qui écrivait. Quand j'ai cessé, à 17 ans, d'être anorexique, j'ai commencé à écrire, et Juliette a cessé. Cette anorexie commune avait pour but de nous empêcher de grandir, car nous pensions que la vie d'adulte nous séparerait. Cela était insupportable.» Alors, pour échapper à l'horreur de cet engrenage du temps, Amélie a trouvé une autre formule: «L'écriture, c'est la continuation de l'enfance par d'autres moyens.» La voilà à jamais extraite du monde des adultes. Evoque-t-on le héros du roman de Günter Grass Le Tambour, qui, épouvanté par l'univers des grandes personnes, stoppa sa croissance, elle s'en montre enchantée: «C'est un livre que j'adore, évidemment.» Son écriture organique, prolixe, si pointue qu'elle touche à la férocité, lui a valu des attaques qu'elle a su encaisser grâce à son fameux estomac: «J'ai eu une grand-mère maternelle si méchante - elle était l'incarnation du mal - que je peux affronter tous les assauts. Et puis, j'ai remarqué que les blessures chez moi duraient vingt-cinq minutes, ce qui, somme toute, n'est pas très grave. En fait, on ne me croit pas, mais je suis bonne comme le pain.» Chez son éditeur, Albin Michel, ceux qui travaillent avec elle depuis toujours, comme Florence Godfernaud, son attachée de presse, le confirment: «Elle ne pose aucun problème. Elle est toujours contente, extrêmement attentive aux gens et courtoise, et elle se réjouit toujours du succès des autres.» Ou encore le directeur général, Richard Ducousset: «Elle est dans la maison comme quelqu'un de la famille. Outre ses dons, qui sont exceptionnels, et son acharnement au travail, c'est un être très attachant avec qui j'entretiens un dialogue à fleuret moucheté infiniment séduisant. La permanence du succès ne la change pas. De toute façon, elle aurait accompli la même chose avec la même détermination s'il n'avait pas été au rendez-vous.» Le volumineux courrier de ses lecteurs est là pour attester la fidélité de son fan-club: «J'écoute beaucoup ce qu'ils me disent et je suis leurs conseils de lecture.» Amélie Nothomb n'est pas une personne fière, c'est simplement une romancière fière de l'être.

http://www.lexpress.fr/culture/livre/occupons-nous-d-amelie_796990.html
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Admin' dont la tonne de chocolat blanc ingurgitée par an n'égale pas celle d'Amélie Nothomb...
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MessageSujet: Re: Occupons nous d'Amelie, L'Express, 1999   Dim 21 Aoû - 11:23

normalement la vidéo est dans l'espace vidéo.

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